Je sens encore les douces caresses du soleil éblouissant qui se reflète dans cette eau bleue et sur ces hauts rochers. Nous ne sommes plus dans le creux de la Grande Bleue mais là où personne ne vient troubler le ressac des petites vagues qui déferlent contre les rochers, là où la mer n'est pas polluée. Comme des enfants, nous partons à l'aventure, nous rions aussi. Nous chantons et prenons ainsi d'assaut ce que imaginons être d'hostiles territoires pourtant proches de la terre ferme. Nous nous transformons en de courageux aventuriers prêts à combattre sur notre bateau de guerre les pires créatures de la mer. Nous rions de nos bêtises. Le sel assèche notre peau, nous plongeons et nous voila seuls, tout petits. Nous atteignons notre but, et nous grimpons en prenant garde de ne pas nous égratigner les jambes, comme des enfants. L'adrénaline monte, et l'on regarde en bas, l'eau est translucide, on ne voit pas le fond pourtant on est haut, c'est effrayant. Mais, on se lance et là c'est le cri du coeur qui résonne. Le cri qui ne prévient pas. Lorsque l'on atteint l'eau, nous sommes bien, légers. C'est ça les vacances. Et les aventuriers repartent à la rame. Encore une belle journée ensoleillée d'été. Avec eux.
Il fait nuit à présent. Deux filles assises sur la plage. Elles se sont bien habillées, maquillées. Elles discutent en riant et se promènent ensuite sur les pavés irréguliers du chemin menant à l'église. Sans avoir à le dire, chacune devine que l'autre est bien. Elles s'assoient sur un banc et regardent passer une petit groupe de garçons. Commence alors un étrange jeu, celui des premiers regards échangés, des sourires en coin et des invitations discrètes. Et puis voilà, c'est parti. Quelques instants, quelques soirées, elles ne recherchent rien, seulement des instants partagés, quelques mots mais peu, elles ne savent rien d'eux, eux ne savent rien d'elles mais le temps passé ensemble les rapprochent un peu plus, juste pour quelques jours, juste pour quelques heures. C'est marrant comme la vie nous offre parfois des instants très banals en apparence mais des instants qui se rappellent à nous à l'improviste.
Sans elle, je n'aurais pas osé. Je n'aurais pas suivi six garçons que je ne connaissais pas dans leur appart' pour admirer la vue, je n'aurais pas sauté de 7m dans la mer, je ne serais pas monté avec nos frères dans cet énorme engin de peur que les gens nous regardent bizarrement. Je n'aurais pas non plus passé des heures sur les rochers au soleil à encourager des types que je connaissais pas à sauter de 10m en disant que si mon frère l'avait fait, eux pouvait aussi. Je ne serais pas allée en boîte sans elle, jamais de la vie! Je n'aurais pas demandé à deux types si c'était tous les soirs pareil. Je n'aurais pas apprécié la soirée à l'Indigo sans elle, je n'aurais pas ri quand les garçons se moquaient de nous parce qu'on avait un couvre-feu à minuit et demi ou parce qu'ils étaient certains qu'on ne nous laisserait pas rentrer. Sans elle, je n'aurais pas ri, j'aurais eu peur. Et quand bien même elle était avec moi, je n'ai pas osé parler à un certain David, et pourtant Flo m'y poussait. C'est la vie, ma Flo ose toujours et avec elle, la peur s'évanouit. Sans elle, je n'aurais pas fait tout ce chemin à pied sans savoir ce qu'on allait rencontrer au bout. Je n'aurais pas attendu comme une clocharde avec toutes nos affaires. Je n'aurais pas poussé nos frères à aller parler à des anglaises d'au moins quatre ans leurs aînées. Sans elle j'aurais eu peur dans cette foule le soir de la Feria mais elle était là alors on a rigolé. Sans elle, je n'aurais jamais rencontré son amoureux, qui apprenait à mon frère à faire des ricochets, il est bien, je suis rassurée, il est même super, elle a bien choisi, de toute façon j'ai confiance en elle.